Victoria, ancienne capitale coloniale des Seychelles
France · Seychelles

1770, la fondation française

Des iles désertes, un capitaine breton, un ministre des finances et une poignée de pionniers. La naissance d'un pays.

Le 27 aout 1770, un petit navire jette l'ancre devant l'ile Sainte-Anne, face à l'actuelle Victoria. À son bord, une poignée de colons français, des esclaves africains et quelques Indiens. Ce jour-là, les Seychelles, jusque-là désertes, cessent d'être des iles sans hommes.

Des iles longtemps désertes

Avant les Français, les Seychelles n'étaient habitées par personne. Des navigateurs arabes puis portugais les avaient aperçues, sans s'y fixer. C'est la France, depuis sa colonie de l'Île de France, l'actuelle Maurice, qui décide au dix-huitième siècle d'y prendre pied, pour sécuriser la route des Indes et devancer les Britanniques.

Picault, Mahé et la Bourdonnais

En 1742 puis en 1744, le capitaine Lazare Picault explore l'archipel pour le compte de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais, gouverneur de l'Île de France. Il baptise d'abord la grande ile « Île d'Abondance », puis on lui donnera le nom de son commanditaire : Mahé. La baie où Picault aborda porte encore son prénom, Baie Lazare. La carte des Seychelles commence alors à s'écrire en français.

La tour de l'horloge de Victoria, Mahé
Victoria, fondée par les Français sous le nom d'Établissement du Roi avant de devenir la capitale.Photo : NorbertNagel · CC BY-SA 4.0 · via Wikimedia Commons

Un nom de ministre

En 1756, la France prend officiellement possession de l'archipel. Corneille Nicolas Morphey y dépose une Pierre de Possession et nomme les iles « Séchelles », en l'honneur de Jean Moreau de Séchelles, contrôleur général des finances de Louis XV. Le nom, plus tard anglicisé en « Seychelles » par les Britanniques, est donc celui d'un ministre français des finances. Peu de pays portent le nom d'un argentier du royaume.

1770 : les premiers habitants

La première installation humaine date de 1770, à Sainte-Anne, organisée depuis Maurice par un colon nommé Brayer du Barré. Le groupe, de moins de trente personnes, mêle colons français, esclaves venus d'Afrique et de Madagascar, et quelques Indiens. Les débuts sont rudes, la petite colonie manque de tout. On la transfère bientôt sur Mahé, à l'Établissement du Roi, futur Victoria. De cette poignée de pionniers descend une part du peuple seychellois d'aujourd'hui.

Pierre Poivre et le jardin d'épices

La France ne vient pas seulement occuper : elle veut cultiver. L'intendant et botaniste Pierre Poivre rêve de briser le monopole hollandais sur les épices. On plante à Anse Royale, sur Mahé, un « Jardin du Roi » de girofliers, muscadiers et cannelliers. La légende raconte qu'en 1780, croyant voir arriver un navire ennemi, on brula le précieux jardin pour qu'il ne tombe pas aux mains des Anglais. Fausse alerte, mais le geste est resté dans les mémoires.

La plage d'Anse Royale, sud de Mahé
Anse Royale, site du Jardin du Roi où la France acclimata les épices des Indes.

Quéau de Quinssy, l'art de capituler

Vient le temps des guerres napoléoniennes. Le commandant français des Seychelles, le chevalier Jean-Baptiste Quéau de Quinssy, comprend qu'il ne peut défendre ses iles contre la flotte britannique. Alors il négocie. À chaque passage d'un navire anglais, il capitule, obtient la neutralité et la protection des habitants, puis reprend tranquillement le pavillon français une fois le danger passé. La tradition retient qu'il rendit les iles sept fois. Ce diplomate rusé sauva sa population de la ruine et resta une figure fondatrice ; son nom, anglicisé en Quincy, marque encore la géographie.

L'ombre au tableau : l'esclavage

On ne peut raconter cette fondation sans nommer ce qui la porte. La petite colonie ne vit pas du travail des seuls colons, mais surtout de celui d'hommes et de femmes arrachés à l'Afrique de l'Est et à Madagascar, réduits en esclavage et amenés de force cultiver la terre et servir les maisons. Ils sont bientôt plus nombreux que les Français. C'est de leur rencontre avec la langue des maitres que naitra le créole, et c'est d'eux que descend une grande part du peuple seychellois. L'esclavage ne sera aboli que sous l'administration britannique, dans les années 1830 ; des Africains libérés de navires négriers interceptés seront ensuite installés dans l'archipel. La douceur des iles ne doit pas faire oublier la dureté de leurs commencements.

1814 : le drapeau change, l'empreinte reste

Le traité de Paris de 1814 cède définitivement les Seychelles, avec Maurice, à la Grande-Bretagne. Mais les Britanniques héritent d'une société déjà française : la langue, la religion catholique, les noms, les familles de planteurs. Pendant tout le dix-neuvième siècle, l'administration sera anglaise et la vie, française. C'est ce paradoxe fondateur qui explique les Seychelles d'aujourd'hui, où l'on gouverne en anglais et où l'on aime en créole.

De la colonie à la nation

Le pays deviendra indépendant en 1976, après un siècle et demi britannique. Mais au moment de se choisir une identité, la jeune nation ne reniera aucun de ses héritages : elle fera du créole, langue de tous née du français, une langue officielle à part entière, aux côtés de l'anglais et du français. La boucle, en un sens, se referme : ce que la France avait semé sans le vouloir, une langue populaire d'origine française, est devenu le cœur battant de la fierté seychelloise.

Questions fréquentes

Qui a découvert et peuplé les Seychelles ?

Des navigateurs arabes puis portugais les aperçoivent, mais elles restent désertes. La France les explore dès 1742 avec Lazare Picault et y installe les premiers habitants en 1770.

D'où vient le nom « Seychelles » ?

Du ministre français Jean Moreau de Séchelles, contrôleur général des finances de Louis XV. La France nomme les iles « Séchelles » en 1756 ; les Britanniques l'anglicisent ensuite en « Seychelles ».

Quand les Seychelles sont-elles devenues britanniques ?

En 1814, par le traité de Paris, en même temps que Maurice. Mais la langue, la religion et les noms français y étaient déjà solidement installés.

Qui était Quéau de Quinssy ?

Le dernier commandant français des Seychelles. Pour protéger les habitants pendant les guerres napoléoniennes, il capitula plusieurs fois devant les Anglais, la tradition dit sept, en négociant la neutralité de l'archipel.

Sources

Ce guide s'appuie sur des sources officielles et de référence, vérifiées à la date de mise à jour. Les chiffres et règles peuvent évoluer : en cas de doute, on confirme avec vous.

L'auteure

Maya Mathieu

Maya Mathieu écrit sur les Seychelles pour le réseau lesseychelles.fr. Francophone installée dans l'océan Indien, elle passe son temps entre Mahé, Praslin et La Digue, carnet à la main, pour vérifier de ses yeux les plages, les routes, les prix et les bonnes adresses avant de les recommander.

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On vous emmène à Anse Royale, à Victoria, là où tout a commencé.

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